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samedi 24 février 2018

Cour hca. L'architecture, de l'antiquité au XXI siècle

15:04:00 0
Université Hadj Lakhdar, Batna
Département d'architecture
Cour Histoire Critique d'Architecture
Mme CHAOUCHE Meriama
Avril 2003

L’ARCHITECTURE, DE L’ ANTIQUITE AU XXI SIECLE

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L’antiquité - 2900 à 540

Depuis l’antiquité, construire est un acte social fondamental et l’architecture est considérée comme la « mère » des beaux-arts où la peinture et la sculpture se sont initialement développés en relation avec les édifices ( peinture rupestres, murales et frises).
La construction doit répondre d’abord au besoin de sécurité de l’Homme. Le bâtiment est un abri contre les intempéries et les animaux sauvages, partout où l’homme vit, on trouve des tentes, des huttes et des maisons. C’est avec l’architecture qu’il a modifié l’espace extérieur et donc il s’est séparé de son environnement.
Plusieurs questions se posent; qui fait construire, qui réalise, pour qui et dans quel but, sous quelle forme et avec quels matériaux ?
Qu’ils s’agissent ou non d’édifices de prestige, destinées à impressionner par leur taille, leur style et leur décoration, tous les bâtiments traduisent l’esprit de leur temps, celui de son architecture, ils révèlent le goût et les ambitions des classes dirigeantes d’une société. Et ce n’est pas un hasard si l’histoire de l’architecture est profondément marquée, à ses débuts, par les édifices sacrés tels que ; mausolée, tombeau, temple, église, mosquée…
Car la religion et la mort ont répondu, toutes les deux, à certain des besoins fondamentaux de l’homme. L’une parce qu’elle a donné un sens supérieur à l’existence en expliquant l’inconcevable et en justifiant l’insupportable. L’autre, en apportant un réconfort en évoquant la perspective d’une vie dans l’au-delà, d’une incarnation ou d’une résurrection.

Hittite et Mésopotamie :

Cela remonte à 6500 Av. JC, date présumée de la fondation de Jéricho, ainsi que les cité temples construites par les Sumériens, les Akkadiens, les Babyloniens et les assyriens ( Ur, Uruk sur l’Euphrate) qui ont crée de véritables paradis terrestres (succession de cours, jardins et belvédères) où la nature a été domestiquée.

Architecture égyptienne 2900- 700 Av J.C

Parallèlement aux demeures de l’homme, on créa donc pour les divinités des demeures à leur mesure, plus durables et plus somptueuses que celles des mortels.
C’est pour cela qu’il ne reste presque rien des habitations de l’Egypte antique, les seuls vestiges qui subsistent sont les tombeaux des Pharaons, également destinés au culte. Il s’agit des Pyramides (3000 ans Av J.C), symbole de la place accordée au culte des défunts. Les Dieux et le Nil influencent l’architecture et l’urbanisme dont la symétrie par rapport à un axe, régularité et harmonie étaient leurs principales caractéristiques.

Architecture grecque

La Grèce classique Hellénistique commença en 2000Av. JC avec une architecture unifiée dont les vestiges représentatifs sont les temples, conçus comme de véritables habitations d’un ordre dorique (très proche de la colonne égyptienne) et les théâtres qui servaient également pour les rites sacrés.
Le temple dorique est l’expression la plus achevée de l’idéal architectural grec basé sur l’harmonie globale et les proportions des éléments architectoniques. En urbanisme, ils ont développé le principe de la régularité et de la libre croissance d’Hippodamos de Milet en 510 Av. JC (système hippodamique).
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Architecture romaine

Les romains subirent l’influence des Grecs par les Etrusques du Nord de l’Italie, venus de l’Asie Mineure, qui réunirent sept villages en une bourgade qu’ils ont appelé Rome en 750 Av JC.
Grâce à leur connaissance de la technique, ils ont opté pour le gigantisme en imposant l’ordre corinthien. De même qu’ils ont inventé l’ordre toscane et composite.
Ce dernier est le résultat du corinthien resplendissant de volutes. L’architecture romaine se caractérise par les colonnes qui flanquent les façades (souci purement décoratif), les corniches coudées ainsi que l’emploi des voûtes et des coupoles rendu possible par l’invention du béton.
Les réalisations architecturales romaines sont essentiellement utilitaires (aqueducs, thermes, basiliques, théâtres, cirques, amphithéâtres, ponts et fortifications), et de prestige (forum, arc de triomphe, palais, tombeau) et bien sur les temples.
Ce n’est qu’en l’an 391 que le Christianisme devient religion de l’Etat et l’église eut besoin d’édifices à la mesure de sa nouvelle position, non seulement pour marquer sa puissance, mais aussi parce que les anciens temples païens étaient trop exigus pour rassembler ses fidèles lors des prières collectives. C’est avec l’architecture byzantine, en l’exemple de l’église Sainte-Sophie (XIème siècle) que s’affirme l’art paléochrétien. S’inspirant largement des grecs, les romains produisent un urbanisme d’ordre et de majesté.
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Architecture musulmane 622 à 1600

Vers 570, l’empire byzantin fut menacé par la nouvelle religion « l’Islam » qui bâtit un empire s’étendant de l’Espagne à l’Indus. Au début, les musulmans n’avaient pas une tradition architecturale, ils n’ont fait que convertir les édifices existants en mosquées, sinon ils reprirent les formes de l’antiquité tardives et les débuts du christianisme, des formes persanes, Sassanides et Indiennes pour créer une architecture qui dispose de sa propre logique et puise ses références dans sa propre pensée et s’imprègne de sa propre réalité (le Coran et la Sunna).
De la Coupole du Rocher, fondée par Abdelmalek Bou Marouane en 692 à Jérusalem, symbole commun au judaïsme, au chrétien et à l’islam, à la grande mosquée de Damas, à la grande mosquée de Cordoue…L’architecture musulmane s’affirme par son originalité et son esthétique.
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Typologie des minarets dans l'architecture musulmane

Architecture Romane de 750 à 1250

Après le désordre dû à la chute de l’empire romain, c’est l’église qui prend en charge la relève en construisant des monastères, des églises et des châteaux forts.
Issu de peuples germaniques (barbares), ce mouvement s’est appelé carolingien (France) et ottonien (Allemagne).
C’est sous Charlemagne, et pour rivaliser avec Byzance en Orient que les constructions forteresses monumentales en pierre font leur apparition, une impression de lourdeur accentuée souligne leur aspect. Réduction des ouvertures, décors sans relief ni couleur, arcades aveugles, chapiteaux cubiques, voûtes en berceau ou d’arrête et arcades sur piliers, sont les principales caractéristiques de cette architecture qui s’est développée aussi en Scandinavie et en Italie.

Architecture gotique de 1130 à 1500

L’édifice emblématique de l’architecture gothique est la cathédrale qui incarne les idées, les vues politiques et théologiques de toute une société. On ajouta des ailes plus spacieuses à l’église. On utilisa la voûte ogivale à nervures brisées, l’arc en ogive, pilier de section ronde ou carrée qui furent dotés de colonnettes ou demicolonne, arcades, galeries, triforium, fenêtres hautes, voûtes sexpartites, arcs boutant étagés qui transmettent les charges aux puissants contreforts de taille massive, la rosace en vitraux pour les fenêtres souvent représentant les scènes religieuses de la bible « Bible des pauvres » (destinée à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter une bible), et les pinacles dressés vers le ciel, telles sont les principales caractéristiques de cette époque. Le Corbusier a qualifié les cathédrales gotiques de « Gratte-ciel de Dieu ».
Gothique anglais, français, allemand...alors que l’Italie se différencie par l’horizontalité de ses édifices qui ont constitué les prémices de la Renaissance.
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La Renaissance de 1420 à 1620

Si le gothique aspire à surmonter la misère de l’existence terrestre au Moyen Age, avec la renaissance on chercha à atteindre la beauté et l’harmonie en ce monde avec le rationalisme, la démocratie, la science et la technique.
Le Moyen Age céda donc la place aux temps modernes. Un retour aux sources de l’antiquité et de la civilisation gréco-romaine était inévitable. On s’intéressera à tout ce qui a une relation avec cette période ; art langage, science…notamment avec la seule source littéraire et théorique sur l’architecture antique. Il s’agit des dix livres du traité d’architecture par l’ingénieur militaire romain Vitruve (rédigé vers 25 Av JC). La renaissance désigne le renouveau d’un style pour la première fois à Florence en Italie avec la coupole du dôme de Florence (1420) en réalisant avant tout une maquette (tradition qui se perpétua pour les projets importants). Aussi, pour la première fois l’habitat devint un thème d’architecture, où les riches italiens réclamaient de riches et somptueuses demeures.
  • La symétrie
  • Superposition de pilastre dorique, ionique et corinthien en général en trois étages de hauteur décroissante séparés par des corniches en doubleau
  • Doubles fenêtres en plein cintre le tout couronné de corniche imposante (fenêtres géminées)
  • Fronton couronné d’obélisque ou flanqué de volutes
  • Pilastres et balustrades
Telles sont les caractéristiques de cette période. En Angleterre, l’œuvre d’Andrea Palladio allait jouer un rôle fondamental dans l’évolution du néo-classicisme jusqu’à ce qu’on le qualifie de « palladien ».

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Le baroque et le Rocaille 1600- 1780

C’est la renaissance qui a enfanté le baroque. Le terme baroque est d’origine portugaise « borroco » qui désigne une perle de forme irrégulière. Il est employé pour qualifier un style bizarre et de mauvais goût qui s’éloigne du classique parce qu’on le trouve excessif, exubérant ou surchargé. Partout on essayait d’estomper la clarté des contours, d’ajouter des éléments architectoniques aux murs, décorer de formes mouvementées et élancées, on maquillait les façades en tous sens, on couronnait portes et fenêtres de frontons triangulaires ou en arc de cercle souvent brisé. Les corniches, souvent rompues au niveau de la toiture par les couronnements de fenêtres étaient extrêmement gradués, on retrouve en abondance des éléments décoratifs comme les guirlandes, les vases, les urnes, les volutes en S et les œilsde- bœuf. On privilégia le chapiteau composite avec l’emploi de l’ordre colossal sur deux étages et la toiture en mansardes. Le baroque est destiné à émouvoir et à impressionner avec un intérêt particulier pour les sculptures mouvementées, recherche de plans grandioses, triomphe de la ligne courbe, exubérance du décor aussi bien sculpture que peinture.
En Espagne, le baroque s’est enrichie de l’art musulman avec les arabesques et mouquarnas et a connu un développement remarquable en Amérique Latine.
Si la renaissance avait opté pour le cercle pour sa perfection et son harmonie, le baroque apte lui pour la forme ovale, forme dynamique, tendue, en équilibre instable que l’on retrouve souvent dans les plans d’édifices. D’ailleurs, ce qui correspond au port de la perruque, des habits extravagants par les nobles pour se distinguer. Le château de Versailles, Place Saint-Pierre de Rome (1665) en sont des exemples.
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Alors que le Rococo dérive de rocaille qui signifie coquille, l’un des motifs typiques du style Luis XV; donc coquille, fleurs, plantes naturelles ou stylisées vont envahir les édifices.

Le classicisme de 1750 à 1840

C’est le peuple qui incarne la nation et c’est lui qui doit exercer le pouvoir et pas le prince. Suivant cette idéologie, les philosophes Montesquieu et J.J Rousseau développèrent la notion d’Etat populaire donc la démocratie pour laquelle la révolution française de 1789 s’est combattue.
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L’architecture se libera-t-elle ainsi de toute servitude à l’égard de la religion et de monarques féodaux. Claude –Nicolas LEDOUX propose la ville idéale de Chaux, qui devrait répondre à tous les besoins, matériels et esthétiques d’une ville. On assiste donc au retour aux principes de l’architecture classique avec:
• Clarté
• Prédominance de l’orthogonalité et de la linéarité
• Superposition et juxtaposition franche des éléments
• Décors simples
• Symétrie
• Colonnes retrouvant la fonction constructive
• Sobriété des ordres, dorique et ionique (rejet du corinthien et du composite jugé trop somptueux)
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C’est dans ce style que Thomas JEFFERSON réalisa le capitole à Washington (USA) en 1793, ainsi que des musées, des bibliothèques, des théâtres.
La connaissance doit supplanter la croyance, l’ère des « temples » du savoir, de l’art, de la culture succède à celle des temples de la foi. Banques, écoles, universités, bourses, édifices gouvernementaux et administratifs sont construits dans le style emprunté à l’antiquité.
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Les utopies sociales:

La révolution industrielle (1750 en Angleterre) va avoir des répercutions sur la politique, le social, l’art, l’architecture et l’urbanisme.
En conséquence des problèmes engendrés par la révolution industrielle, des utopistes qui sont des réformistes, ont voulu, à travers leurs propositions, essayer de transformer la société en agissant sur l’habitat.
Ce sont, donc, quelques îlots utopiques dans une masse d’urbanisation incontrôlée qui a engendré pollution laideur et misère sociale.
Claude Nicolas LEDOUX (1776) : est le précurseur du mouvement des utopistes du 19 ème. Il a planifié la cité des salines de chaux dans laquelle il a su combiner, logement, loisirs et travail en proposant pour les ouvriers, de petites maisons reliées à une cuisine commune.
Robert OWEN (1799) : Cité New Lamark (village d’harmonie et de coopération), constituée de maisons individuelle en duplex (au lieu de l’édifice communautaire) en ayant en commun la cuisine et le réfectoire ainsi qu’une institution qui prend en charge l’éducation de l’enfant, depuis l’âge de trois ans et l’initier à la danse, musique et instruction militaire.
Charles FOURIER (1820): phalanstère « palais social » (inspiration du château de Versailles) ou (Versailles du peuple) sorte de maison commune où la propriété privée est exclue (même la cuisine est collective). C’est le précurseur du logement collectif.
Victor CONSIDERANT : est un adepte du Fouriérisme qui est devenu un mouvement.
Etienne GABET :(1847) « voyage en Icarie » en Amérique (vie collective).
Jean- Batiste- André GODIN (1859) : Familistère à Guise est un autre palais social dont le principe est de protéger l’autonomie familiale tout en gardant les services en commun. Et ceux qui ont proposé une structure urbaine à partir de 1860
Ebenezer HOWARD : Cités-jardins en 1905 en Angleterre (Lethworth et Wilwin). Combinaison des avantages de la ville et ceux de la campagne dans une organisation radioconcentrique. Pour Howard, le rôle de l’architecte n’est pas de dessiner des façades, mais de créer un cadre et des formes qui correspondent aux besoins des hommes et leur permettrent de s’épanouir : « ce qui est utile est beau ».
Camillo SITTE : (autrichien) La ville artistique (organique) en réponse aux critiques de la ville industrielle, il propose de retourner comme RUSKIN à l’architecture populaire traditionnelle, à la composition informelle. Il ne s’agit pas de copier la ville ancienne mais de s’inspirer des anciennes places, des rues tortueuses, qui créent la surprise.
Tony GARNIER développe la cité industrielle en 1917.
Soria Y MATTA : (espagnol) la ville linéaire suivant la ligne du tramway électrique (1882) dans la banlieue de Madrid.
Company town : Il instaura le système de lotissement

L’urbanisme américain : le tracé de la majorité des villes américaines est en damier ou échiquier, ce plan régulier est inspiré du plan hippodamique (hippodamos de Milet). Le cadrage des rues est uniforme et ne présente de hiérarchie que seulement à New York où la trame primaire (Avenue) est suivie de la trame secondaire (Street).
Le classicisme américain a été prôné par Thomas JEFFERSON (1743-1826). Ensuite l’innovation technique (ascenseur 1857) a permit l’essor de l’immeuble type « gratteciel » avec un maximum de hauteur et d’ouvertures.
L’URSS communiste propose les « Condensateurs sociaux » qui sont une sorte de clubs ouvriers proposant travail, logement, et loisirs dans un cadre socialiste.
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HISTORICISME ET ARCHITECTURE D’INGENIEURS DE 1840 à 1900

L’éclectisme historique, se manifesta clairement en Angleterre en 1840. Il a été qualifié de procédé d’emballage, en faisant du neuf avec du l’ancien. Néo - gothique, néo- classique, néo-roman, néo-mauresque, un amalgame d’éléments repris d’une ou plusieurs époques, donnant souvent naissance à des édifices qui paraissent faux et chaotiques.
Le Parlement de Londres où l’architecture du sacré est utilisée dans l’architecture du profane. Habillé en cathédrale gothique, il est mi-classique et migotique.
L’opéra de Paris par Charles GARNIER en 1874, celle-ci présente un cas miclassique et mi-baroque.
Les néo-styles font leur apparition avec des emprunts appartenant aux pays colonisés ; grec, assyrien, chinois, indou et musulman. Et cela dans un souci d’alignement marqué surtout par les percés haussmanniennes.
Le Paris Haussmannien de 1853 à 1882 : Paris présente, après l’intervention du baron Haussmann, un modèle de ville bourgeoise au service du capitalisme. Une véritable chirurgie sur le tissu médiéval s’est opérée au nom de l’hygiène et de la circulation tout en revalorisant les monuments en les mettant en relation visuelle entre eux. Les travaux publics, l’urbanisation des terrains périphériques par le tracé de nouveaux réseaux, nouvelles artères dans les vieux quartiers, construction de grands édifices publics, aménagement de parcs publics (bois de Boulogne et bois de Vincennes) tels ont été les grands travaux haussmanniens.
Avec l’avènement de la révolution industrielle, s’amorce en Angleterre l’essor du capitalisme industriel et commercial. Pour abriter de nombreux exposants, dont la production allait du simple objet à la locomotive, de fragiles constructions en fer et en verre font leur apparition :

Les pavillons d’exposition universelle

Les grandes gares : Suite au développement des chemins de fer Deux architectures sont proposées pour leur réalisation : la façade style classique et la couverture du hall de gare est en métal et verre. Exemple de la gare du Nord à Paris de J.T. Hitortt (1862) avec une ornementation classique sur une structure métallique.
Cristal palace par Joseph PAXTON en 1851 à Londres est le premier exemple de préfabrication, présenté à l’exposition universelle de Londres dont l’édifice est constitué d’éléments standardisés.
Les halles de Baltard : Les halles centrales de Paris, édifice réalisé par Victor Baltard en 1853 avec une structure entièrement métallique (fer et verre).
La tour Eifel par Gustave EIFEL en 1889 à Paris (exposition universelle), en mesurant 300m de hauteur, elle resta 40 ans le plus haut édifice jamais édifié par l’homme.
Galerie des machines à Paris avec 117m de portée (démontée en 1910).
Les ponts, les halls de gare, les usines, les grands magasins et halls d’exposition, représentent, donc, l’architecture des ingénieurs. Toutefois, le fer et l’acier n’étaient pas considérés comme des matériaux « vrais », indignes de la création artistique, car on avait honte d’eux, il fallait les cacher en construisant, jusqu’à côté ou derrière, des façades historicistes. Pourtant on avait besoin de ces matériaux, sachant que la fonte est 4 fois plus résistante à la pression que la pierre et le fer forgé est 40 fois plus résistant à la torsion et à la traction, malléable il s’adapte à n’importe quelle forme et surtout bâtis dans des délais records grâce à la préfabrication. Cependant l’industrialisation et la standardisation de l’artisanat ont mit fin à l’originalité.
L’autre invention de cette période est le béton armé qui permet une structure homogène dite monolithique. La minceur et la légèreté du béton armé permit de superposer les étages sans renforcement des éléments porteurs et en augmentant la surface utile. Ce procédé a permit l’assaut du ciel avec les réalisations d’immeubles d’habitation et administratifs, notamment avec l’école de Chicago aux U.S.A.
ADLER et Luis SULLIVAN : « la forme résulte de la fonction » devint le principe directeur de l’architecture moderne. Les immeubles étaient organisés selon le modèle : base – fût – chapiteaux, auxquels correspondent : magasins (R.D.C) – appartements et bureaux (étages) – services techniques (toiture plate en encorbellement).
La crise de l’architecture au 19ème siècle est due au fait que l’ingénieur a prit la relève de l’architecte. Avec la galerie des machines et la Tour Eifel (exposition universelle de Paris de 1889), le fer a connu son apothéose architecturale. C’est un moment de l’histoire où les architectes vont avoir un complexe de leur formation d’artiste et où l’ingénieur apparaît comme l’homme de l’avenir. Face à cette situation, un renouveau architectural s’est imposé, et on assiste à la naissance d’un nouveau style.

Art nouveau et le mouvement moderne (le style international) de 1900 à 1945

Il s’est appelé Art nouveau en France et Belgique, « Modern style » en Angleterre, « Dugendstil » en Allemagne, « sécession viennoise » en Autriche, « Stile liberty » en Italie, et « Modernismo » en Espagne. Il ne concerne pas seulement l’architecture, il concerne tout l’environnement, les murs, les meubles, les verreries, la céramique (les services de tables) et les bijoux.
John RUSKIN et William MORRIS, designers, ils seront les pères du modern style.
Le premier va proposer sa passion naturaliste, anti-machiniste, le second fonda à
Londres en 1888, la société « Arts and Crafts » art et artisanat dont le but était de reproduire des mobiliers bourgeois à un prix abordable, à la disposition de tous.
Mais l’art nouveau reçoit son acte de naissance à Bruxelles en 1890 avec les conceptions décoratives de Victor HORTA (musée Horta à Bruxelles en 1899 qui était sa propre maison). Il laisse les poutres et les colonnes en fonte apparente avec des décors en fer forgé sur la rampe de l’escalier.
Paul HANKAR (1880) : Il mêlera à l’usage du fer un décor symboliste dessinant à la fois les meubles et le décor des maisons qu’il construit.
Henri VAN DE VELDE (1902), il abandonne le vocabulaire décoratif floral de Horta, il s’attache à faire ressortir les fonctions de la construction.
Hector GUIMARD (bouche de Métro en fonte, 1900). Lampadaires, bancs, mobilier urbain, panneaux publicitaires constituaient des réalisations où la structure fait partie de l’esthétique. Il emploi aussi bien la pierre de taille, la brique le fer en poutrelles apparente, la brique de verre, mais chaque élément est scrupuleusement étudié et dessiné en accord avec les possibilités du matériau. Les nouveaux matériaux devaient être traités et mis en valeur en fonction de leur nature.
Otto WAGNER n’avait-il pas déclaré « ce qui n’est pas utile ne peut pas être beau ».
Antonio GAUDI (1872) considérait le bâtiment comme une œuvre complète qu’il sculptait. Avec la Sagrada familia, église de Barcelone, il mêla le gothique aux éléments mauresques dans une architecture sculpture. Il affiche un penchant particulier pour une polychromie accusée. De même qu’il s’appuyait sur les contrastes des matériaux : le moellon, pierre de taille, brique, céramique et mosaïque.
Enfin, le Groupe de Glasgow fondé par C. R. MACKINTOSH (1896) qui réalise l’école des beaux arts de Glasgow dans laquelle il joua avec la pierre, le métal et le verre pour la répartition des volumes dans l’espace.
La révolution industrielle a donné naissance à la ville industrielle avec tous ses maux : pauvreté, insalubrité, maladies, manque de luminosité et d’aération.
Un mouvement de « retour à la nature » a été la première réaction à cette misère, ressentie par les classes ouvrières. L’étude de la nature permit de retrouver les formes végétales et fluides à travers des motifs comme les branchages, les cours d’eau, etc. En rappelant l’historicisme, l’art nouveau contenait déjà le besoin moderne d’associer, forme, matériau et fonction.
Le Werkbund en Allemagne auquel appartient Peter BEHRENS qui a donné naissance au courant progressiste dont les élèves sont LE CORBUSIER, MIES VAN DER ROHE, Walter CROPIUS, Adolf MEYER et Adolf LOOS (Autriche) sont les précurseurs du moderne qui qualifie l’ornementation de « crime ». Alors que le futurisme en Italie et le constructivisme en Russie avec la réalisation avantgardiste du « club des ouvriers » à Moscou en 1927, s’imprègnent du cubisme.
Le style international se confirme avec le rationalisme qui devient de rigueur en rejetant toute ornementation et objet historiciste.
Le Bauhaus, fondé à Weimar (Allemagne) en 1919 par Walter CROPUIS est une école d’architecture qui développe une vision sur l’architecture et l’art. La fusion entre ces deux derniers donne le Design qui est l’esthétique industrielle ou l’artisanat industrialisée. Seulement, elle s’est exilée aux USA où Cropius et Mies Van Der Rohe produisent une architecture fonctionnelle qui séduit le public américain en s’opposant à l’école de Chicago, qui produit des buildings hauts avec imitation du néo-classique ainsi que les églises gothiques étirées en hauteur.
Le transfert de Dessau à Chicago (à cause du nazisme) a permit le développement de l’école de Chicago (1952).
Après la première guerre mondiale, il fallait construire beaucoup et vite d’où la construction mécanisée : LE CORBUSIER et Ernest MAY optent pour les logements standardisés qui forment des cités entières. Des logements rationalisés à l’extrême et équipés d’une cuisine-labo pour permettre aux femmes de faire autre chose, ce que l’on a appelé « La machine à habiter ».
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LE CORBUSIER développe les principes de l’urbanisme moderne dans sa revue « Esprit nouveau » et dans son livre « Vers une architecture ». Il est aussi le fondateur en 1928 des congrès internationaux de l’architecture moderne (C.I.A.M) qui se sont tenus 11 fois jusqu’en 1959, et avaient pour objectif d’établir un programme d’action visant à tirer l’architecture de l’impasse académique. A chaque congrès un thème précis. Issue du CIAM de 1933, la charte d’Athènes lance les règles de l’urbanisme moderne qui favorise le zoning au lieu de la mixité des fonctions urbaines. La ville doit être le lieu pour habiter, travailler, circuler et se récréer, qui sont en fait les principes de la cité radieuse. Dans la logique des CIAM, l’homme marche (piétonne) dans un environnement sain (sans rompre avec la nature), le soleil pénètre dans son logis ; ce n’est pas la ville-campagne ni la ville-jardin, c’est la ville verte (ville radieuse). Abolir la rue-corridor, rendre l’espace fluide par la lumière, l’air et le soleil, sont donc les objectifs à atteindre grâce à l’habitat collectif. Les cinq principes de l’architecture moderne sont :
  • Construction sur pilotis
  • Plan libre
  • Façade libre
  • Toiture- terrasse (plate)
  • Fenêtres en longueur
LE CORBUSIER : l’unité d’habitation à Marseille (appartements en duplex) dans laquelle sont adoptés ses cinq principes, à savoir : les équipements sur la toiture (piscine, crèche…), la rue intérieure, l’immeuble sur pilotis, loggia et verdure.
Tout est dimensionné avec le MODULOR, qui est calculé à base du nombre d’or (taille moyenne 1,75m pour donner une hauteur de la pièce de 2,26m).
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Ce n’est qu’après 1945 que s’est fait le triomphe de l’architecture moderne. Mies Van Der Rohe aux U.S.A : avec la réalisation de grands buildings transparents.
Cependant, ce sont les pays en voie de développement qui donnèrent la chance au projet de la ville radieuse de LE CORBUSIER de se réaliser : Chandigarth en Inde en 1950.
Lucia COSTA et Oscar NIEMEYER (élèves de LE CORBUSIER) dotèrent le Brésil d’une nouvelle capitale, Brasilia en 1957 dont le plan est en forme d’avion (symbolisme). « Superbe mais stérile et froide », elle n’a jamais pu supplanter Rio de Janeiro avec son désordre et son animation.
Kenzo TANGE propose un projet de ville pour la baie de Tokyo, en 1960 (structuralisme) entièrement dans l’eau.
L’architecture organique, dite aussi achitecture-sculpture fût développée par F.L.WRIGHT en réalisant une série de « maisons dans la prairie », un modèle de l’habitat pavillonnaire ; maisons unifamiliales, qui ont définitivement abandonné la symétrie pour une composition plus libre et mouvementée ainsi que l’intégration au site (la destruction de la boite). F.L.Wright veut que sa maison sorte de la terre pour faire une unité avec celle-ci, horizontalement basse, elle est recouverte d’un toit débordant (console), ex : « maison sur la cascade » et « maison Robbie » (1909). De même que son projet « Broadacre City » qui consiste en une ville de tradition rurale dispersée dans la nature.
Aux U.S.A, après l’école de Chicago, on développa le style néo-classique dans la réalisation du Pentagone en 1942.

La construction sculpturale

Notre Dame du Haut Ronchamp par Le Corbusier en 1954.
Toutes ces réalisations ont été possibles grâce au béton précontraint. Lorsque on utilise le béton brute sur lequel on laisse des traces de décoffrage cela s’appelle le brutalisme.
L’opéra de Sydney (sous forme de coques de bateaux) de Jörn Utzon en 1957.
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Le Philharmonique de Berlin (sous forme de grande tente) de Hans Scharoun.
Le musée Guggenheim à New York en 1959 (sous forme de la tour de Babylone renversée) par F.L. Wright.
L’aérogare Kennedy à New York (sous forme d’oiseau) par Eero Saarinen en 1962.
Un contre- mouvement s’est crée pour défendre le retour au régionalisme : Alvar AALTO (suédois) : « il faut tenir compte de la psychologie pour humaniser l’architecture ».

L’architecture High tech ou technologique

L’édifice dérive des impératifs de la construction. Elle se développa en 1960:
Grand stade olympique, Munich, 1972, par Otto FREY.
Centre Pompidou (Beaubourg), Paris, 1977 par Renzo PIANO et Richard ROGERS.
Palais du travail, Turin, 1976, par Pierre Luigi NERVI (poteaux champignon).
Pyramide du Louvre, Paris.
La fin de l’architecture moderne est peut-être marquée par le dynamitage en 1972 des grands ensembles d’habitations dont les appartements ne pouvaient plus être ni loués ni rénovés.

Le post-moderne

Cela remonte aux années 60 où Robert VENTURI a fondé le post-moderne, qui est plus une tendance qu’un style : c’est le retour à l’éclectisme. Etant opposé à :
  • L’asymétrie (qui est déséquilibre)
  • Disparition des murs (transparence)
  • Architecture sans ornementation ou réduite au minimum.
Le post-moderne prône plutôt le retour à la symétrie classique et la façade percée de fenêtres petites.
Mies Van Der Rohe avait dit « Less is more » (moins est plus), cette idée est révolue. La nouvelle devise de Robert VENTURI est « Less is a bore » (moins est monotone).
Ricardo BOFILL fait un retour au néo-classique, en utilisant les éléments préfabriqués pour créer une monumentalité et intimidation. Des ordres et colonnes monstrueuses sur dix étages et des corniches gigantesques à Antigone (Montpellier) et « Les arcades du lac », 1975, (Paris) et « Arena » à Marne-la Vallée, (1984), où son intention était la création d’une version populaire de Versailles.
L’architecture postmoderne, à cheval, elle aussi, sur deux époques, celle de la résignation face au progrès et celle de l’avènement de l’informatique, use d’un langage formel moderne, tout en cherchant refuge dans la douceur du bon vieux romantisme.
Avec le post-moderne les ascenseurs high tech en verre côtoient une clôture en pierre de taille, ou bien l’entrée d’un tombeau égyptien dans accès à une salle d’exposition.
On peut dire, pour résumer, que la grande variété de couleurs, de formes et de matériaux utilisés est postmoderne. Toutefois, il est éphémère et il ne tarda pas à s’éclipser car ennuyeux comme un gadget d’une mode passagère.

LE DECONSTRUCTIVISME

Les années 90 vont donner naissance au déconstructivisme, courant fondé lors d’une exposition à New York en 1988 par Philip JOHNSON, dont la devise est «la forme naît dans l’imagination». C’est une architecture qui aime éveiller l’impression du provisoire et de bricolage et use des matériaux convenant aux intentions recherchées.

CONCLUSION

Comme nous venons de voir ensemble, vous remarquez que l’architecture, depuis le début de l’histoire et surtout, essentiellement, durant les temps modernes, fait un va-et –vient ; elle passe d’un style à un autre, d’une tendance à une autre, du moderne au postmoderne puis retourne au rationalisme. D’ailleurs certains critiques désignent l’évolution actuelle de « pluralisme moderne », terme indiquant que la construction a rejoint la musique populaire, ou les styles de coiffures, ou encore la mode vestimentaire, que l’on ne suit pas ou peu, chacun fait, en fin de compte, ce qu’il veut.
Avec la démographie galopante, pour laquelle il faut construire vite, rationnellement et dans le souci du respect de l’environnement, finalement, pour quelle architecture faudrait-il opter?

BIBLIOGRAPHIE

  • BEGUIN D. et LESAGE François (1983): Arabisances, décor architectural et tracé urbain en Afrique du Nord 1830-1950, Ed. Dunod-Bordas, Paris, 196 p.
  • BENEVOLO Leonardo, (1975): Histoire de la ville, Ed. Parenthèses, Roquevaire, 509p.
  • BENEVOLO Leonardo, (1972): Aux sources de l’urbanisme moderne, Ed. Horizons de France, Paris, 196p.
  • BENEVOLO Leonardo, (1979):L’histoire de l’architecture moderne », Tome 1, Dunod, Paris.
  • BENYOUCEF Brahim (1994): Introduction à l’histoire de l’architecture islamique. Ed. OPU, Alger, 195p.
  • BERARDI Roberto (1979): Espace et ville en pays d’Islam. Ed. Maisonneuve, Paris.
  • BOUCHENAKI M. (1982): Cités antiques d’Algérie. Collection Art et Culture, Alger.
  • CHALINE Claude (1990): Les villes du monde Arabe. Ed. Masson - Armand Collin, Paris, 171p.
  • CHOAY F. (1980): La règle et le modèle sur la théorie de l’architecture et de l’urbanisme. Ed. Du Seuil, Paris.
  • COLLECTIF (1979): « L’Art du Monde », Volume 4. « L’Art de Byzance et de l’Islam »Ed. Elsevier Seqoia, Paris/ Bruxelles, , 523p.
  • COLLECTIF (1960): Encyclopédie de l’Islam. Ed. Maisonneuve-et- Larose, Paris.
  • GADET Julien, (1904) : Eléments et théorie de l’architecture, 4 volumes, Paris.
  • GIEDION Siegfriel, (1968) : « Espace, Temps et Architecture », Ed, La Connaissance, Bruxelles, 429p.
  • GRANDET Denis (1986): Architecture et urbanisme islamiques. Ed. OPU, Alger, 108p.
  • GYMPEL, Jan (1997) : Histoire de l’architecture, de l’antiquité à nos jours, Ed. Könemann, Berlin, 119p.
  • HOWARD, Ebenezer, (1969 : Les cités - jardins de demain, Dunod, Paris.
  • JENCKS, Charles, (1985) : Le langage de l’architecture post-Moderne, Ed. Denoël, paris.
  • JENCKS, Charles, (1985) : Les mouvements modernes en architecture, nov., Middlesex, London.
  • LE CORBUSIER (1946) : Manière de penser l’urbanisme, Ed. Gonthier, Paris, 198p.
  • LE CORBUSIER (1957) : La charte d’Athènes, Ed. Gonthier, Paris, 187p
  • MUMFORD L. (1964): La cité à travers l’histoire. Ed. Le Seuil, Paris,.
  • RAGON, Michel, (1985) : Histoire mondiale de l’architecture et de l’urbanisme moderne, T.1, Paris.
  • RAPPOPORT A. ,(1972): Pour une anthropologie de la maison, Ed. Dunod, Paris,.
  • RAVEREAU A. (1981): Le M'zab, une leçon d'architecture. Ed. Sindbad, Paris, 281p.
  • RICHARD, L., (1985) : Bauhaus, école du design, Paris.
  • UNLACK, G., (1988) : De Vitruve à Le Corbusier, Dunod, Paris.
  • VITRUVE, (1986) : Les dix livres de l’architecture, ‘traduit du latin par C ; Perrault), Errance, Paris.
  • VOILLET-LE-DUC, (1978) : L’architecture raisonnée, Hermann.
  • ZEVI, Bruno, (1959) : Apprendre à voir l’architecture, Paris.
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vendredi 23 février 2018

Cours 8. Le patrimoine institutionnel de l’espace ksourien IV. La Djémaa

08:58:00 0
Université de Béchar
Master I. Préservation du cadre patrimonial bati au Sahara
Histoire de la consevation I
Enseignant Abdelmalek Houcine

Cours 8. Le patrimoine institutionnel de l’espace ksourien
IV. La Djémaa
histoire-de-conservation-cours-8-le-patrimoine-institutionnel-de-l-espace-ksourien-4-la-djemaa.jpg

Plan

  • Introduction.
  • Une organisation socio-spatiale par quartiers.
  • Conclusion

Bibliographie.

  • Diego de HAËDO, Topographie et Histoire générale d'Alger, trad. de l'espagnol par Dr. Monnereau et A. Berbrugger, Editions Bouchène, 1998.
  • Francesco Della Casa est le rédacteur en chef de la revue Tracés. Curateur de Lausanne Jardins en  2004 et 2009.
  • Gérald Billard « Ville fermée, ville surveillée. La sécurisation des espaces résidentiels en France et en Amérique du Nord », Presses Universitaires de Rennes, 2005.
  • el-Maqrizi.- "Kitab Al Mawàiz wa 1-i'tibar fi dhikr al khitab wa l'âthar .- (Description topographique et historique de l’Egypte), Boulaq, 1858, 2 vol. Trad. A. Bouriant, Paris, 1900.
  • Roger Le Tourneau .- Les villes musulmane de l’Afrique du Nord. La maison des livres. Alger, 1957.
  • André Raymond. Grandes villes arabes à l’époque ottomane.- Paris, 1985 pp. 133-135.
  • Filippo PANANTI, Relation d'un séjour à Alger, 1820, rapporté par Lucette VALENSI, Le Maghreb avant la prise d'Alger (1790-1830). Paris, Flammarion, coll. « Questions d'histoire », 1969.
  • Niebuhr, Voyage en Arabie (Amsterdam 1776), I, p.88. Description, Etat moderne, II-2.
  • Denis Grandet.- Quatre Djemaa des ksours du sud-ouest algérien, USTO, 1985.
  • Jacques Berque, structure sociale du Haut Atlas, PUF, Paris, 1995, p.383.
  • A. Hennia et B. Tlili, l’organisation des pouvoirs des notables dans les communautés des Djérid tunisien au XVIII e siècle in cahiers de la méditerranée, numéro spécial, université de Nice, 1980.
  • Isabelle Eberhardt, récit de voyage vers 1900 Chap. théocratie saharienne, page 31.
  • Arpaillange Christophe, « Small is beautiful » : Le quartier est-il aujourd'hui le lieu d'une refondation de la culture et de la pratique démocratiques ? Démocratie locale et management, Actes des 4èmes rencontrent ville-management, Dalloz, 2003.

1. Introduction.

Cette section nous révèle l’influence du mode d’aménagement initié par le Prophète à Médine sur l’organisation spatiale de la cité islamique surtout celles qui étaient construites dans les premières périodes de l’Islam. Un mode d’aménagement basé sur la distribution d’un Iqta’ ( الإقطاع ) (grande parcelle de terrain) à chaque groupe ethnique ou religieux. L’autonomie de gestion interne de chaque quartier est consacrée par une charte rédigée par les soins du Prophète. Ce mode d’aménagement ne préconise pas seulement une concertation et participation de la population dans l’édification de son cadre de vie, mais il offre l’autonomie pure et simple à chaque groupe ethnique ou religieux de décider et réaliser les espaces nécessaires et adéquats à leurs pratiques sociales. Le quartier se construit alors par négociation entre proches. Son développement graduel cristallise spatialement le développement progressif du groupe social. Cette démarche naturelle et organique trouve actuellement un écho favorable dans l’urbanisme dit écologique ou durable. Ce mode d’aménagement facilite énormément la gestion urbaine de la cité islamique. Chaque quartier est géré par une assemblée ou djemaa qui coordonne ses actions avec l’ensemble des autres assemblées de quartiers de la cité. Les troubles internes sont réglées à l’intérieur de chaque quartier. Même le Cadi doit se conformer aux prescriptions de la charia et aux coutumes du groupe social pour se prononcer sur un litige bien précis entre membres d’un même groupe social. Illustrons cette gestion très proche des citoyens par des exemples concrets.

2. Une organisation socio-spatiale par quartiers.

La cité islamique est organisée selon un ensemble de quartiers abritant chacun un groupe humain caractérisé par une homogénéité sociale basée sur le sang, activités professionnelles ou la confession religieuse. Le nombre de quartiers dans une cité annonce autant de groupes sociaux composant la population de la cité. Ce n’est pas par hasard que la description du Caire par el-Maqrizi suit la méthode de description par quartier ou khitta.
L’ouvrage même de cet historien du XIVe est habituellement connu sous le nom d’el-khitat el-maqrizia au lieu de son nom initial.

1. La Casbah d’Alger

Evoquons un passage du récit du voyageur Filippo Pananti décrivant l’organisation sociale des tribus musulmanes dans la régence d'Alger au début du XIXe siècle. La population urbaine était organisée sous forme de plusieurs communautés ayant chacune un chef nommé cheikh.
« (...) Chaque tribu peut être considérée comme une nation ; …. elles ont un chef. Cet officier se somme Sheikh, qui veut dire ancien. En général on le choisit parmi les plus vieux de la tribu ; et le plus distingué pour la maturité du jugement et la pratique de la vertu est celui que les Arabes jugent dignes de les commander (...). Le gouvernement n'est à proprement parler ni électif ni héréditaire ; il y a quelques familles qui gouvernent depuis des siècles ; mais elles le doivent à leur administration paternelle et à ce plaisir que nous éprouvons tous à obéir à ceux qui cherchent à nous rendre heureux. On voit en général le fils succéder au père ; cependant ce mode d'arriver au pouvoir n'est pas assuré par un droit positif ; l'élection et l'approbation du peuple autorisent seules à prendre les rênes du gouvernement (...). Si le Scheik maltraite ses sujets, ou n'est pas fidèle aux principes qui l'ont fait appeler au gouvernement, on ne forme point de complot contre sa personne ; on ne trame aucune révolution. Le Scheik est tranquillement délaissé par toute la tribu ; elle va se joindre à une autre dont le chef reçoit à bras ouvert cette nouvelle acquisition (...). Dans les affaires d'importance, le Sheikh se fait un point capital de consulter les chefs de chaque tente ou famille, et il montre la plus grande déférence pour leurs opinions. (...) ».. 

2. Le Caire

Plus que les corporations de métiers dont les préoccupations restaient surtout professionnelles et dont la zone d’activité ne couvrait qu’une partie de la ville du Caire, la cellule de base de la vie urbaine paraît avait été le quartier désigné par khitta à l’époque des Califes et hara à l’époque des fatimides.
Les quartiers du Caire, écrit Niebuhr « sont composés d’un grand nombre de petites rues, mais qui toutes n’ont qu’une seule issue, par où elles aboutissent à quelque unes des rues principales ». Le quartier constituait donc un ensemble fermé desservi par un réseau hiérarchisé d’artères, impasses débouchant dans les ruelles (atfa), aboutissant à leur tour dans la rue centrale du quartier (darb) qui lui donnait souvent son nom, et qui finalement communiquait avec la grande rue (chari’), souvent par l‘intermédiaire d’une porte. Il n’y avait généralement pas de boutiques dans la hara, si ce n’est auprès de la porte d’entrée.
« Les quartiers servent communément de demeures à des artisans et d’autres habitants pauvres qui travaillent non dans leurs propres maisons mais dans de petites boutiques au souk ou le long des rues marchandes » écrit encore Niebuhr.
Chacune de ces unités séparées abritait habituellement un groupe humain relativement homogène, ouvriers exerçant le même métier, gens originaires du même pays ou professant la même religion. D’après A. Raymond, il y avait 63 hara au Caire ottoman. Les quartiers comportaient habituellement des portes situées à l’entrée de la rue donnant accès à la Hara.
Ces portes étaient gardées par des Bawwabs. Elles n’étaient pas réellement destinées à jouer un rôle défensif en temps de guerre, mais plutôt à assurer la sécurité nocturne, en empêchant la circulation des éventuels voleurs. Dès que la nuit tombe, les portes des quartiers se ferment.
Elles s’ouvraient qu’aux personnes résidants dans le quartier ou rendant visite à des personnes connues, moyennant une modeste rétribution versée au bawwab. Ce système permettait aux autorités de contrôler les déplacements des individus suspects.
C’est l’objectif même recherché actuellement dans le recours des gated communities dont le nombre augmente d’une manière spectaculaire à Los Angeles.
Le cloisonnement de la cité islamique était très utile en cas de troubles : au premier signe d’émeute populaire, les quartiers se fermaient, ce qui avait le double avantage d’assurer la protection des habitants et de gêner les activités des fauteurs de désordre. Si les Français, au moment de l’occupation de l’Egypte, entreprirent d’enlever les portes des rues et des quartiers du Caire, c’est pour des raisons militaires stratégiques. Ces hara étaient placées sous l’autorité de cheikh (cheikh el-hara) qu’assistait un ou plusieurs naqib. Cette structure est identique à celle des corporations de métiers. Les deux organisations fondées l’une sur le métier, l’autre sur la résidence, se complètent. Le cheikh de la hara peut parfois même être le cheikh de la corporation dominante du quartier.
Toutes les communautés ethniques et religieuses étaient organisées comme des entités quasi administratives placées sous la direction de cheikhs qui, dans le cas des minorités confessionnelles, pouvaient être leur chef religieux eux-mêmes. Il s’agissait donc d’une organisation parallèle à celle des corporations de métiers et qui dans certains cas la recoupait, puisque certaines ethnies ou communautés étaient spécialisées dans une activité déterminée : la corporation de métier était alors l’aspect professionnel d’une structure qui avait aussi un aspect ethnique ou confessionnel.
Ce type d’organisation était si universel et si constant, d’une ville à l’autre, qu’on peut se contenter de mentionner ici le cas d’Alger à titre d’exemple. La ville comptait avant 1830, six corporations de barraniya (gens du dehors), qui venaient de l’intérieur du pays pour y travailler temporairement : gens du M’zab, de Biskra, de Djijel, de Laghouat, de la tribu des Mzita. Chacun de ces groupes avait un chef qui était reconnu par le gouvernement et qui servait d’intermédiaire entre la communauté et les autorités. Les Amin étaient chargés de la police dans leur communauté, qui était responsables collectivement de tout délit commis par l’un de ses membres. Dans leur action répressive, les Amin s’inspiraient de la coutume, et consultaient les notables de la communauté. Le gouvernement n’intervenait que rarement dans ses affaires.
Les communautés chrétiennes et juives avaient une organisation tout à fait similaire. Les juifs de Tunis habitaient un quartier (hara) et étaient gouvernés à l’époque ottomane, comme à l’époque médiéval par un conseil de notables, qui gérait les fonds de la communauté, veillaient à l’entretien des synagogues, répartissaient les subsides entre les pauvres et les malades, sous l’autorité d’un cheikh qui s’occupait du maintien de l’ordre et de la levée des impôts et qui assurait la liaison entre l’Etat et la communauté. Un officier de la marine russe faisait escale à Tunis à la fin du XVIIIe siècle, écrivait :
« On peut dire que les moines mahométans ne montrent pas autant d’animosité (haine) que ceux d’Europe à l’égard de ceux qui professent une autre religion : la preuve en est que les chrétiens et israélites qui vivent ici peuvent s’administrer librement selon leur propre loi ».
Pour mieux cibler ses actions, le gouverneur de la ville fait appel aux chefs de quartiers (mouqaddim el-Hawma). Le Mohtasib lui, fait appel aux chefs de corporation, appelés « Amin » au Maghreb. Ces personnages font véritablement office de charnière entre les représentent de l’autorité et le groupe qu’ils représentent. Les uns et les autres offrent cette particularité d’être nommés par le gouvernement, mais sur présentation des habitants d’un quartier ou des membres d’une corporation. Le chef de quartier n’est pas désigné au suffrage universel par tous les habitants de son quartier, pas plus que le chef de la corporation n’est présenté par tous les membres de sa corporation ; dans l’un et l’autre cas il est l’homme des notables (el-a’yyan) les patrons de la corporation et les personnages du quartier. Ainsi le chef de corporation et chef de quartier dépendent à la fois du gouvernement qui les nomme et peut les révoquer, et des notables qui les présentent et peuvent les désavouer. « Ce système a bien fonctionné pendant des siècles en donnant de bons résultats. » atteste Roger le Tourneau.
Pour les ksour nous évoquons les travaux de Denis Grandet qui a étudié quatre Djemââ des ksour du sud-ouest algérien situés à Béni-Ounif, Taghit, Béni-Abès et Timimoun.
Jouissant d’une autonomie relative par rapport au pouvoir central, chaque ksar dispose d’une assemblée de notables nommée Djemââ établie à coté de la place publique. Chaque djemaa gère les intérêts communautaires dont les compétences étaient larges.
« La compétence de la djemââ s’étendait non seulement à la gestion temporelle, non seulement au statut des personnes et des biens, à toute la matière du droit privé et public, mais encore à la gestion du sacré ».
Dans les régions du Sud elles s’occupent en particulier de l’organisation du partage de l’eau, fondement du système des cultures dans la palmeraie. Même lorsque le pouvoir central est puissant, son représentant est contraint de passer par la Djemaa sur le plan fiscal, entre autre pour fixer les évaluations d’imposition.
Lisons ce passage du Récit de voyage d’Isabelle Eberhardt:
« C’est la Djemaa, assemblée des fractions et des ksour qui est souveraine. Toutes les questions politiques et administratives ont soumises aux délibérations de la Djemaa. A-t-on besoin d’un chef? C’est le djemaa qui le nomme. Tant qu’il conserve son investiture, ce chef est obéit, mais il reste toujours responsable vis-à-vis de ceux qui l’ont choisi… A Kénadsa, c’est le chef de la Zawiya qui est le seul seigneur héréditaire du ksar. C’est lui qui tranche toutes les questions et qui, en cas de guerre, nomme les chefs militaires. C’est lui qui rend la justice criminelle, tandis que les affaires civiles sont jugées par le Cadi. Mais là encore le Marabout est la dernière instance et c’est à lui qu’on en appelle des jugements du Cadi. Sidi M’hamed ben Bouziane, le fondateur de la confrérie, voulu faire de ses disciples une association pacifique et hospitalière. La zawiya jouit du droit d’asile : tout criminel qui s’est réfugié se trouve à l’abri de la justice humaine. Si c’est voleur, le Marabout lui fait rendre le bien volé. Si c’est un assassin, il doit verser le prix du sang. A ces conditions, les coupables n’en courent aucun châtiment, dès qu’ils sont entrés dans l’enceinte de la zawiya ou même un terrain lui appartenant. La peine de mort n’est appliquée par le Marabout. S’il arrive qu’un criminel soit mis à mort, c’est par les parents de la victime ou quelque fois même par les siens, jamais sur condamnation des Marabouts.
« ….Grace à la zawiya la misère est inconnue à Kénadsa. Pas des mendiants dans les rues du ksar ; tous les malheureux vont se réfugier dans l’ombre amie et ils y vivent autant que cela leur plait. La plupart se rendent utiles comme serviteurs, ouvriers ou bergers, mais personnes n’est astreint à travailler. Personne n’ose élever la voix et critiquer les actes du maître. On s’incline, on répète les opinions de sidi Brahim. »

3. Conclusion.

La cité islamique est incontestablement organisée sous forme d’un ensemble de quartiers abritant chacun un groupe sociale homogénéisé par le sang, ou par l’exercice d’une même activité professionnelle ou par la même confession religieuse. Tous les travaux des historiens de l’art, architectes ou encore les récits des voyagistes attestent la présence de cette organisation socio-spatiale qui s’est propagée à travers tout le monde musulman malgré la considérable étendue géographique et la diversité sociale des contrées islamisées. Nous avons remarqué la présence des djemaa de quartier aussi bien dans les médinas que les ksour.
En revanche, les attributions de ces assemblées de notables ne comportaient guère une ingérence dans les pratiques spatiales dans les quartiers. Le Mohtasib avait son mot à dire sur les voies indivises entre les membres de chaque communauté. L’autorité représentée par le Cadi n’intervient dans les questions relevant du bâti que s’il y a contestation de la part des habitants en l’occurrence des voisins. Tout laisse supposer que les gens construisaient leurs demeures par négociation et par respect des hadiths relevant de l’espace. Il y avait non seulement une concertation ou participation, mais simplement une autonomie qui commence à se clarifier dans le geste de la construction islamique. Certes, cette approche fait atténuer dès le premier geste constructif les troubles de voisinage notamment ceux qui sont lés directement à la mitoyenneté. Dans la mesure où les gens se connaissent et partage ensemble des intérêts d’ordre confessionnel, professionnel ou ethnique.
On note par ailleurs, que l’urbanisme dit moderne favorise ce type de gestion urbaine qualifié de très proche du citoyen. « Small is beautiful », nous dit-on. L’action de proximité est présentée actuellement comme un moyen privilégié pour surmonter les contraintes qui limitent l’efficacité et la légitimité des politiques publiques, notamment en milieu urbain.
Grâce à la participation des habitants, l’action de proximité conjuguerait rationalité gestionnaire et renforcement de la démocratie. Mais en l’absence de marges de manœuvre financières et institutionnelles suffisantes laissée par le pouvoir central aux « gouvernements » locaux, et en dépit d’expérience localement réussies, les politiques dites de proximité n’ont que des effets limités sur la citoyenneté. On l’a vu à travers la prolifération des « Gated communities » dans plusieurs villes américaines notamment Los Angeles. De nouveaux concepts font leur apparition dans les discours urbains contemporains telle que « la gestion de proximité » ou encore « les régies de quartier ». Tous s'accordent, localement, pour souligner que les quartiers pourvus d’une régie de gestion sont plus propres qu'avant. La plasticité des régies tient en premier lieu à leur capacité à agréger trois dimensions fondatrices : la gestion de quartier, l'insertion socio-économique et l'implication sociale.
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jeudi 22 février 2018

Cours 7. Le patrimoine institutionnel de l’espace ksourien III. Les corporations de métiers

14:52:00 0
Université de Béchar
Master I. Préservation du cadre patrimonial bati au Sahara
Histoire de la consevation I
Enseignant Abdelmalek Houcine

Cours 7. Le patrimoine institutionnel de l’espace ksourien
III. Les corporations de métiers

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« La ville musulmane est essentiellement bâtie sur l’idée du marché et la constitution de la cité musulmane ressort des corporations de métiers. » (Louis Massignon).

Plan.

1. Introduction
2. Structure des corporations de métiers.
3. Activités des corporations de métiers.
4. Rôle des corporations dans la gestion urbaine.
5. Conclusion
6. Les services urbains en Annexe

Bibliographie.

1. Massignon, Louis.- Les corps de métier et la cité islamique.- in Revue internationale de sociologie, XVIII, 1920.
2. Nafidah Souwid ( الحرفيون و دورهم التاريخي فى تطور المدينة العربية الإسلامية )
3. Raymond André. —Problèmes urbains et urbanisme au Caire aux XVII° et XVIII° siècle.- Colloque international sur l’histoire du Caire, du 27 mars au 5 avril 1969, le Caire, 1972.

1. Introduction

Les orientations de la charia sont claires au sujet du travail en général, et l’artisanat et métiers en particuliers. De nombreux versets coraniques et Hadidh du Prophète, incitent les Musulmans, non seulement à travailler, mais inscrivent la miséricorde d’Allah à ceux qui cherchent la perfection dans l’accomplissement de leur métier. Nous nous contentons de citer les versets suivants :
قال تعالى: "وقل اعملوا فسيرى الله عملكم ورسول والمؤمنون
وقال تعالى: "وأما من آمن وعمل صالحاً فله جزاء الحسنى"
طـلـب الكـسـب فـريـضـة عـلى كـل مـسـلم : suivant Hadith le Et
« La recherche d’un métier , est un devoir pour tout musulman . » - Le deuxième calife Omar Ibn el-Khattab a dit : « Lorsque je vois un homme et me plait, je cherche à connaître s’il a appris un métier ? Si les gens me disent : non, je n’ai plus de l’estime envers lui. »
Ces directives générales, ont favorisé la promotion du mouvement artisanal dans la société islamique au point où chaque cité possédait une structure bien organisée des arts et des métiers qu'on appelait ( الطـوائف الصناعية ), les corporation des métiers. Ces structure étaient tellement organisées, qu’elles avaient parvenues à jouer un rôle très important dans l’administration économique et culturelle de la cité et son organisation spatiale.

2. Structure des corporations de métiers.

Toute corporation est administrée par un « Cheikh », appelé « el-Amin » au Maghreb, « elAsta », « el-Maallam », ou encore « el-Arif», en Orient. Ce gestionnaire est choisi parmi les experts du métier en question, ou à travers des élections organisées par les membres de la corporation sous le regard attentif du Mohtasib et son consentement, jouant ici le rôle du représentant du gouverneur de la cité appelé « Sahib el-Madina. Une fois désigné, ce « Cheikh », représente sa corporation vis-à-vis « Sahib el-Madina ». Il est souvent sollicité et consulté par ce derniers, au sujet de tout ce concerne l’exercice du métier de sa corporation : détermination des prix des produits, leur qualité,…
Les membres affiliés à la même corporation, sont structurés selon des grades hiérarchiques conformément à leur savoir-faire : affilié-apprenti, affilié-membre artisan titulaire ( صانع مدرب ), enseignant ( معلم ), corporation la de Cheikh ( شيخ الطائفة ).
Le passage ou promotion d’un grade à un grade supérieur se faisait solennellement durant une réception officielle, organisée par l’ensemble des affiliés à la corporation, et en présence toujours du représentant du gouverneur qui était souvent le Mohtasib. Nafidh Souwid, nous décrit avec précision, les moments forts de cette cérémonie :
« Cette cérémonie commence par la lecture de la Sourate el-Fatiha, puis quelques versets coraniques. Puis, commence la cérémonie d’el-chad, qui consiste à ceinturer au niveau des hanches, le promu au grade supérieur, par un cordon spécial comportant plusieurs nœuds pratiqués par les soins des grands experts de la corporation, présents à la cérémonie. Ensuite, on fait porter au candidat des habits spéciaux connus sous le nom du Seroual , on met ensuite un shale sur ses épaules . On lui rappelle ses devoirs professionnels.
Il doit accepter toutes les obligations de son métier et ne pas les négliger. Les quasi-totalités de ces devoirs concernent la bienveillance et les bons comportements, notamment la patience, la modestie, et l’obéissance totale aux devoirs de sa profession, les orientations de ses maitres, sa famille. Les festivités se terminent par la dégustation d’un bon festin présenté par les mineurs apprentis de la corporation. ».
Elia Kodsi, a publié en 1882, une étude très complète sur la cérémonie et le serment d’initiation au sujet des corporations de Damas. L’aspirant qui va devenir maitre doit participer à une cérémonie à trois événements :

  • D’abord, par les attouchements et les signes des mains et des pieds, à ce que l’on appelle « أخـد الـيـد » la prise de la main.
  • Ensuite, le Cheikh el-Ta’ifa, le président de la corporation, qui préside en même temps la cérémonie, lui ceint une ceinture; c'est ce que l'on appelle le ( شــد الـحـزا م ).
  • Enfin, c’est un banquet corporatif que l’on appelle le ( التمليح ) , c’est à dire partager le sel. Un parrain accompagne l’aspirant, et le garantit au point de vue de sa préparation. L’aspirant doit participer aux frais de la cérémonie. Louis Massignon, évoque aussi la lecture d’un doustour ( دستور ) ou charte, lors de la cérémonie. C’était un ensemble de règles jurées par un serment solennel, une espèce de codes, ou droit coutumier.
« Ce code, dit L. Massignon, implique de la part des adhérents, de faire du bon travail, de vendre à juste prix. Et lorsqu’ils veulent changer les prix, s’ils menacent de faire grève, ils ont une phrase assez particulière, ils disent : le métier ne va plus. Et cette espèce de déclaration de grève indique qu’il faut réviser les tarifs. »
Ce code stipule entre autre, l’interdiction de l’usure ( الربى ) et la concurrence déloyale.
C’est le juste prix qu’il faut adopter, et non pas l’esprit de concurrence qui doit régner. Notons qu’Istanbul, comptait en 1640, 600 corporations qui étaient groupées en 24 classes.

3. Activités des corporations de métiers.

Les corporations de métiers, possédaient une gestion interne, bien organisée. Nous la résumons comme suit :
  • Apprentissage et transmission des secrets du métier aux nouveaux affiliés et mineurs.
Les relations entre enseignés et enseignants, sont clairement définies.
  • Contrôle technique de l’ensemble des adhérents à la même corporation. Les fraudes étant proscrites, les malfaçons au niveau des produits aussi, et il faut faire valoir les droits du consommateur en terme de qualité et prix.
  • Établir une large consultation pour mieux déterminer les prix des produits d’une part, et les salaires des travailleurs exerçant au sein de la corporation, d’autre part.
  • Intervention dans les règlements des contentieux et litiges qui surgissent entre les membres de la corporation.
  • Cheikh el-Ta’ifa ou el-Arif, est considéré comme le représentant officiel de la corporation vis-à-vis du Mohtasib qui jouait souvent le rôle du représentant du gouverneur de la cité au niveau du Souk.
Cette séries de fonctions, nous rappelle l’organisation administrative des syndicats européens et les chambres de commerce. Mais ce qui est important, c’est que les quasitotalités de ces corporations étaient constituées de membres issus de la classe générale de société. Cette position leur a permis de contribuer d’une manière efficace, dans la vie quotidienne de la société urbaine. Ils participaient dans l’organisation des grandes festivités aussi bien religieuses qu’occasionnelles.

4. Rôle des corporations dans la gestion urbaine.

Les corporations de métiers, étaient donc un élément fondamental de la vie urbaine. Elles permettaient aux autorités urbaines, de contrôler l’ensemble des catégories socioprofessionnelles de la cité islamique. En arbitrant les disputes entres membres de la corporation, en réglant les conflits et en sanctionnant les fautes commises, les cheikhs des corporations contribuaient à l’administration de la cité et au maintien de l’ordre. Par l’intermédiaire des Cheikh des corporations, étaient collectées un certain nombre de redevances qui étaient levées sur les métiers et qui constituaient une grande partie des ressources fiscales de la cité. Quand les gouvernants avaient besoin de mains d’œuvres pour accomplir certains services urbains telles que la lutte contre les incendies, ou le nettoyage des Derb et khitat ( rues), c’étaient aux corporations de métiers et à leurs cheikh qu’ils se dirigeaient .

Origine de la commune.

D’après Louis Massignon, la commune n’est qu’une corporation puissante autour de laquelle, gravitent les autres corporations. Comme il y a des intérêts communs, purement commerciaux, unissant les habitants, elles arrivent à faire un cahier de revendications et à l’imposer au gouverneur.
« Les communes dit-il, sont des fédérations de métier. », « …. La commune de Paris, a comme noyau une corporation de métier particulièrement puissante qui s’appelait les marchands d’eau, c’est à dire ceux qui servaient à faire le commerce de la moyenne Seine. »
L. Massignon, nous démontre clairement que la corporation de métier, est une institution d’origine purement musulmane. Elle est passée ensuite, en occident.
« On sait historiquement dit-il, que pour la corporation des maçons, par exemple, en Occident, à la fois les secrets de métiers et la corporation même viennent de l’Orient, s’établir en Lombardie et ensuite en France, nous pouvons supposer ( puisque la courbe même de la progression des communes, nous montre que le mouvement vient d’Orient le long des voies de commerce au moment même des croisades, au moment où le commerce a été le plus intense avec l’orient ) , nous pouvons supposer qu’il y a bien là une réaction d’une forme de vie sociale musulmane sur la vie sociale de la chrétienté . »
Pour étayer sa thèse, Massignon évoque la quatrième source du droit musulman, qui est el-Ijma’ ou « l’unanimité ». Dans la commune, les délibérations, doivent être prises à l’unanimité : « C’est précisément dit Massignon, le principe musulman de l’Ijma’. ». Il ajoute plus loin : « En Islam, une sentence n’est pas valide s’il n’y a pas une unanimité, un consensus. ». Il faut donc l’unanimité, et non la majorité. Par ailleurs, les corporations de métier, ont utilisé un certain nombre de mots arabes passés à plusieurs langues, tels que le mot «tarif » signifie l'indentification ouالتعريف ), le mot « douane », c'est ( الديـوان ), ou encore le mot « charte » veut dire « condition », ( الشـرط ).

5. Conclusion.

Les corporations de métiers, étaient donc un élément fondamental de la vie urbaine. Elles permettaient aux autorités urbaines, de contrôler l’ensemble des catégories socioprofessionnelles de la cité islamique. Les cheikhs des corporations contribuaient à l’administration de la cité et au maintien de l’ordre. Par ailleurs, elles contribuaient substantiellement aux ressources fiscales de la cité. Une grande partie des services urbains ne pouvaient être assurée sans la concours des corporations, telle que la lutte contre les incendies, le nettoyage des rues ou encore l’alimentation en eau potable.
D’une manière générale, les corporations étaient un lien administratif entre la classe gouvernante et les sujets. D’après Louis Massignon, les corporations de métiers islamiques étaient la base de l’émergence de la commune. « La commune n’est qu’une corporation puissante autour de laquelle, gravitent les autres corporations ».

Annexe (les services urbains)

1. Alimentation en eau potable.

Les corporations contribuaient efficacement dans l’alimentation en eau potable, des cités islamiques, nous étudions à titre d’exemple, Le Caire à l’époque ottomane. Au Caire, le problème de l’approvisionnement en eau potable, était particulièrement difficile à résoudre. Cette ville, ne pouvait compter sur l’eau de pluie qui enregistrait tout juste, trente millimètres en moyenne par an. Elle ne pouvait compter, non plus sur celle que fournissaient les puits (elle était trop saumâtre pour qu’on put la consommer en dehors des périodes de crise), ou le khalidj (canal) où coulait l’eau que pendant la crue du Nil qui, à l’époque ottomane était éloigné de 1300 mètres environ de la limite occidentale de la ville, sauf à la hauteur de bab « el-louq » qui n’était distant que de 800 mètres de la rue du fleuve. La distribution de l’eau, se faisait donc, pour l’essentiel, à partir du Nil, suivant deux modalités différentes :
  • Portage de l’eau par la corporation des « el-Saqqa’in » (porteurs d’eau)
  • Stockage dans des équipements appelés « Sébil »
  • Les marchands d'Alger.
A. Portage de l’eau par la corporation des « el-Saqqa’in », ( الساقيين ) dont le nombre, atteignait une dizaine de mille et qui faisait le va-et-vient entre le Nil et la ville, à à l’aide des milliers de chameaux et d’ânes pour porter les outres (rawiya en peau de buffle, ou garba en peau de bouc). Ils étaient organisés en cin q corporations de métiers suivant une double spécialisation technique et géographique :
  • Une corporation utilisait les chameaux et était localisée à Bâb el -louq, dans une position centrale à proximité du fleuve.
  • 4 corporations utilisaient les ânes et étaient localisées les anes et étaient localisées à bab el-Bahr, bab el-louq, hara el-Saqq'in ( حارة الساقيين ), Qanatir el-Siba' ( قناطير السباع ), points échelonnés sur la limite ouest de la ville. La distribution en ville était répartie entre trois orporations, comme suit :
    • une de vendeur d’eau de détail
    • une de porteur d’eau des citernes (Sébil)
    • une de porteur d’eau salée destinée aux usages domestiques.
L’eau était vendue aux passants ou à domicile et payée soit immédiatement, soit selon des modalités d’abonnement souvent ingénieuses : le porteur d’eau inscrivait sur la porte de son client des traits correspondants à la quantité d’eau fournie, ou se servait de colliers de perles bleues, dont il retirait une perle par outre apportée. L’autorité avait recours à ce service pour le faire intervenir dans d’autres services publics, telles que les incendies, l’arrosage de quelques artères centrales, dont chari’ el -Mou’iz ( شارع المعز ). Tandis que les Derb (artères centrale d’une hara ou quartier), Atfa (ruelles), et zouqaq (impasses), étaient considérés comme des propriétés privées indivises, dont les frais d’arrosage et entretien incombaient donc aux riverains.
Une privatisation hiérarchisée, conformément à la jouissance des habitants sur ces espaces non bâtis. En effet, les sens attribués aux notions de « public » et « privé », ne peuvent en aucun cas être appliqués à ce type d’espaces, souvent arborescent. Ceci renvoie à l’organisation de la famille musulmane, ses croyances, culture et pratiques sociales. En fait ses spécificités familiales et par conséquent sociales dictent nécessairement l’adoption des techniques appropriées pour satisfaire les services urbains. A notre sens ces techniques, sont engendrées d’une manière naturelle par la société urbaine : thèse très négligée par l’urbanisme dit progressiste contemporain préconisé par la charte d’Athènes et tant recherché par l’urbanisme écologique contemporain. Passons à la deuxième modalité.

B. Stockage dans des équipements appelés « Sébil »

Dans le système d’approvisionnement en eau du Caire, un rôle très important était joué par les Sébils, dont les réservoirs permettaient de stocker l’eau en vue de sa distribution ultérieure. Les Sébil sont des équipements constitués en waqf. Comme leur nom l'indique ( فى سبيل الله ), c'est une aumone consacrée à la distribution de l’eau, sans contrepartie financière ou autre. Leur construction, gestion et fonctionnement est assuré essentiellement par les rentes des biens waqf. La « description de l’Egypte », évalue le nombre de Sébil au Caire ottoman à trois cent. Voir leur localisation sur la carte. La répartition de ces Sébil, sur la carte du Caire, est conforme à la répartition de la population. La construction de ces fontaines, est logiquement liée à u ne population dense. Ces Sébil étaient habituellement constitués :
  • d’un réservoir où l’eau était stockée,
  • d’un rez de chaussée où se faisait la distribution de l’eau
  • d’un étage occupé par un « maktab », sorte de médersa où les riverains peuvent venir apprendre le Coran. C’est pour cette raison, qu’ils ont été souvent appelés : « Sébil-Kouttab ».
La fourniture de l’eau était, par excellence, une œuvre pie, aussi, trouve- t- on parmi les fondateurs de Sébil, des Pacha, des Bey, des officiers, des Odjaq, et des habitants aisés. Les Sébil sont mentionnés dans de nombreuses fondations pieuses. Les waqfs, constituent un moyen efficace pour assurer la pérenn ité de ce service public, tant vital dans la vie de la société urbaine. D’autant plus important, quand on sait que la plupart des devoirs religieux ne sont valables qu’après les ablutions.
Les actes des waqfs, font état des dispositions minutieuses fixant le montant des sommes affectées pour le remplissage des réservoirs, à la rémunération des gestionnaires, à l’entretien du monument et de son matériel, jusqu’à même la fourniture d’huile et de fanaux pour l’éclairage de la façade, durant le mois sacré du ramadhan et les fêtes religieuses. Relevant essentiellement des waqf, des exemples de Sébil ont été traités dans la section consacrée au rôle des waqf dans le développement urbain.
Notamment dans les travaux de l’Emir Ali Khéthuda, ceux d’Ibrahim Agha et ceux de Ridwan Bey. L’approvisionnement en eau du Caire en eau, fut parfois perturbé par les répercussions des crises politiques : la source d’où s’approvisionnaient les Saqqa’in, était trop lointaine pour que, en période de trouble, la fourniture ne fut pas compromise. Mais, au total, cette combinaison originale des corporations des Saqqa’in, et la construction des Sébil, dans le cadre des waqf, fonctionnait d’une manière satisfaisante.
Notons enfin, que le Mohtasib, qui était un fonctionnaire nommé et rémunéré par le Beyt el-mal ( بيت المال ) ou trésorie municipale, avait un oeil sur la conduite du Nadhir ( الناظر ) ou gérant du waqf, pour la bonne exécution des prescriptions établies par le constituant dans sa waqfiat . C’est cette harmonie et complémentarité qui existait entre le pouvoir municipal et la population urbaine, qu’il faudra actuellement restaurer pour faire face aux besoins de la société en matière des services urbains. Cette restauration n’est possible que si l’on adopte des techniques adaptées aux spécificités sociales et soutenues par la population.

C. Les marchands d'Alger.

Diego de Haëdo, nous renseigne sur les marchands d’Alger où se tenaient les cérémonies des corporations de métier, sans s’étaler sur les détails. En revanche il nous offre une idée précise sur le nombre de ces corporations en le mettant en rapport avec la population totale d’Alger au XIVe siècle.
« Les marchands forment la cinquième classe de la population d'Alger ; elle est assez nombreuse. Elle se compose de Turcs de naissance, de renégats ou enfants de renégats, parmi lesquels on trouve aussi quelques juifs qui se sont volontairement convertis à l'islamisme ainsi qu'il arrive chaque jour. Beaucoup de ces marchands ont été d'abord des janissaires ou marins et se sont donnés au commerce parce que ce genre de vie leur a paru plus paisible et exempt de périls. D'autres, dès l'enfance, sont dressés à cette carrière par leurs maîtres et patrons. Les marchandises sur lesquelles ils opèrent sont celles qu'il y a en Berbérie, dans la partie qui répond à Alger, savoir : blé, orge, riz, vaches, bœufs, chameaux, moutons, laines, huiles, beurre, miel, raisins secs, figues, dattes, soie ; on ne peut traiter en cuirs et en cire qu'autant qu'on a obtenu une permission du pacha pour acheter ces deux denrées aux Maures et les revendre aux chrétiens. …..Leurs boutiques qui sont nombreuses sont dirigées par leurs fils, ou des renégats en qui ils ont confiance … Ces boutiques, dans les divers souks sont au nombre d'environ 2.000 ; il n'est pas d'usage d'y habiter, les maisons où ces marchands logent avec leurs familles s'élèvent à peu près à 3.000 ».
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